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Road to Evian

Propos introductifs de Monsieur Jacques Chirac, Président de la République, lors de la réunion de travail avec les organisations syndicales dans le cadre de la préparation du sommet du G8

Palais de l'Élysée, Paris, vendredi 25 avril 2003

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d'abord souhaiter la bienvenue à chacune et à chacun pour cette réunion préparatoire au Sommet du G8 d'Evian.

Avec cette réunion, se poursuit un processus de consultation. Le G8, en effet, ne doit pas être une enceinte fermée, même si ce n'est pas très facile, elle doit être et s'efforce d'être à l'écoute des préoccupations des différentes composantes de la société. C'est un des défis qu'elle doit relever.

Il est particulièrement important, notamment, que les partenaires sociaux soient associés à la préparation des sommets du G8, tout simplement parce qu'Ils ont un rôle de premier rang pour affirmer la dimension sociale de la mondialisation.

Cela fait longtemps que je me bats sur ce thème d'une mondialisation humanisée. Cela a été l'un des principaux sujets du Sommet du G8 de Lyon, en 1996. J'ai eu une discussion riche, il y a quelques semaines, avec le Directeur Général du BIT, M. SOMAVIA, accompagné des co-présidents de la Commission sociale de la mondialisation, la Présidente finlandaise et le Président de Tanzanie, et je me suis bien rendu compte à la suite de ces entretiens combien il restait encore de progrès à faire pour que cette concertation puisse atteindre cette dimension et être efficace.

Alors, je me réjouis de retrouver aujourd'hui les responsables des organisations syndicales de tous les pays du G8, réunis sous l'impulsion de la Commission syndicale consultative auprès de l'OCDE, le TUAC.

Je sais que vous avez fait une déclaration commune sur le Sommet du G8, c'est une déclaration sérieuse, solide et qui contient, je tiens à le dire et à l'affirmer, de très bonnes propositions.

Alors, si vous le voulez bien, avant de vous donner la parole pour un tour de table, aussi libre que possible, je voudrais vous dire quelques mots sur les ambitions de la France pour le Sommet d'Evian, lequel sera orienté autour de cinq thèmes : croissance, responsabilité, solidarité, sécurité et démocratie.

Tout d'abord le besoin de croissance.

Nous voyons bien que nous sommes dans une période marquée par les incertitudes et des taux de croissance qui sont inférieurs aux prévisions, ce qui a entraîné des conséquences négatives, évidemment, et notamment sur l'emploi.

Aussi je crois que notre premier but à Evian serait de lancer un message pour la croissance. Pour que chacun prenne conscience que nous devons adopter des comportements de croissance, que nous en sommes conscients, que nous sommes solidaires et que c'est l'objectif à atteindre. Alors, ce message comprend plusieurs volets :

D'abord, il faut montrer que les huit ont la volonté de travailler ensemble pour adopter des politiques monétaires, budgétaires et économiques convergentes et, ainsi, pour stimuler de façon coordonnée et concertée la reprise et créer des emplois.

Deuxièmement, toujours dans cette optique de croissance, de message de croissance, il faut poursuivre les réformes qui permettront de renforcer de façon durable la contribution de nos économies à la croissance. C'est vrai notamment pour les pays européens, pour les autres aussi d'ailleurs. Pour ce qui le concerne, le gouvernement français a engagé des réformes importantes avec pour objectif de rendre l'Etat plus efficace, c'est-à-dire d'améliorer le rapport coût-efficacité de la gestion d'une société de façon à ce que soit mieux maîtrisé le poids des prélèvements obligatoires, mieux répartis ces prélèvements obligatoires et, notamment, mieux maîtrisées les charges sociales qui pèsent sur l'emploi.

Ces réformes sont, me semble-t-il, la condition de la compétitivité sur le long terme et aussi de la vigueur d'une société qui veut pouvoir créer des emplois et elles doivent être, naturellement, conduites avec le souci permanent de garantir, dans l'équité, les droits de chacun.

Ces réformes doivent également permettre une croissance meilleure en emplois et offrir à tous un droit de formation tout au long de la vie. Pour tous nos concitoyens, je crois que la meilleure des protections contre le chômage réside dans la possibilité d'acquérir de nouvelles compétences, quels que soient la taille de l'entreprise ou quel que soit le secteur d'activité. Tant que le droit à la formation tout au long de la vie ne sera pas garanti à tous les salariés, je dis bien à tous les salariés, nos systèmes de protection sociale demeureront incomplet.

Le troisième pilier du message de croissance, c'est évidemment d'assurer des progrès dans le fonctionnement des marchés financiers internationaux, dont on voit bien que les dysfonctionnements peuvent être extrêmement préjudiciables et porteurs de malheurs pour tout le monde, et notamment pour les travailleurs.

Il sera enfin, je crois, essentiel de montrer notre engagement à faire progresser les négociations du cycle commercial ouvert à Doha, en vue du succès de la réunion de Cancun en septembre.

Donc, premier principe: essayer de rendre plus concret un message de croissance.

Deuxième principe : la responsabilité.

Responsabilité de l'ensemble des acteurs de l'économie internationale, c'est un sujet, naturellement, qui est particulièrement proche de vos préoccupations.

Pour répondre aux phénomènes qui ont pu affecter la confiance dans l'économie, j'ai proposé d'adopter à Evian une déclaration qui réaffirme les valeurs que nous partageons et qui fondent l'économie de marché responsable.

Après divers scandales, notamment comptables et financiers, l'idée est de réaffirmer notre confiance dans un système économique qui soit équilibré et sans excès : une économie de marché dont les acteurs s'engagent à un comportement responsable et répondent de cet engagement. Cela concerne la gouvernance d'entreprise, l'éthique, les conflits d'intérêt, la responsabilité sociale, la responsabilité environnementale.

Dans le domaine économique, cela se traduira par des points d'application concrets tels que la bonne gouvernance d'entreprise, la transparence des transactions, la gestion des ressources naturelles, la lutte contre la corruption, la lutte contre les paradis fiscaux.

Dans le domaine éthique, social et environnemental, il s'agit de promouvoir au niveau international le même comportement responsable qu'à l'intérieur de nos frontières. Cela implique le respect des droits de l'homme par tous les partenaires, le respect du droit du travail élaboré par l'OIT et le respect des règles et l'adoption de comportements vigilants en matière d'environnement.

J'ai personnellement rencontré, dans le cadre de cette concertation pour la préparation d'Evian, de nombreuses entreprises françaises pour les inciter dans cet esprit à adhérer à la démarche du Pacte Mondial que le Secrétaire Général des Nations Unies, M. Kofi ANNAN, a lancé et pour lequel il a chargé d'une mission particulière un Français, Jérôme MONOD, qui de surcroît travaille avec moi. Dans mon esprit, cette responsabilité incombe d'abord aux Etats, évidemment, auxquels il revient de définir les règles du jeu. Mais elle doit s'accompagner d'un consensus général qui doit être, lui, impulsé.

Cette exigence de responsabilité trouvera une application particulière dans le domaine de l'environnement. Compte tenu de l'impossibilité, hélas, en raison de la position des Etats-Unis, de régler certaines questions immédiates, comme celles qui sont relatives au protocole de Kyoto, j'ai proposé que le G8, à tout le moins, aborde le développement durable dans une perspective à plus long terme, en décidant de programmes de recherche et d'innovation destinés à diminuer les émissions de gaz à effet de serre et à protéger la biodiversité, puisqu'on ne peut pas non plus obtenir la signature du protocole sur la biodiversité.

Troisième impératif : la solidarité

La mondialisation, chacun le sait, de l'économie suppose et exige la mondialisation de la solidarité. Nous devons travailler à l'élimination de la pauvreté qui affecte plus de deux milliards d'hommes, de femmes et d'enfants dans le monde : il y a là une exigence à la fois morale et politique.

A Evian, nous réaffirmerons en particulier notre appui au partenariat proposé dans le cadre du NEPAD. Et je remercie M. CAMDESSUS d'être parmi nous aujourd'hui puisqu'il est la cheville ouvrière de cette percée qui, je l'espère, sera fructueuse. Cela suppose naturellement une mobilisation forte des chefs d'Etat africains : elle existe. En agissant ensemble et en étant mieux à l'écoute des sociétés civiles, je fais allusion notamment aux contacts pris par M. CAMDESSUS avec l'ensemble des organisations syndicales africaines, nous contribuerons à rendre possible le décollage de l'Afrique, nous aurons peut être l'occasion d'en reparler tout à l'heure, et notamment à substituer une politique fondée sur la notion de partenariat à une politique fondée sur la notion d'assistance.

Nous adopterons par ailleurs, je l'espère, une stratégie pour réaliser en 2015 l'objectif du Millénaire et réaffirmé à Johannesburg sur l'eau : c'est-à-dire diviser par deux le nombre des personnes n'ayant pas accès à l'eau potable et à l'assainissement. C'est une grande ambition., c'est une nécessité mais cela représente un investissement supplémentaire considérable, de l'ordre de 100 milliards de dollars en plus chaque année, d'ici à 2015. Naturellement, 100 milliards de dollars d'origine soit publique soit privée. J'ajoute qu'il ne s'agit pas, dans ce domaine, d'imposer un modèle économique de gestion mais, pour chaque pays, de s'engager dans une bonne gestion de l'eau et de choisir le système le mieux adapté à ses caractéristiques, à sa culture, etc...

L'effort de solidarité portera enfin sur la question de la santé, en s'engageant à assurer au Fond Mondial contre le Sida des ressources pérennes et en réglant la question scandaleuse de l'accès aux médicaments.

Un autre thème du sommet sera la sécurité

Le G8 s'est mobilisé contre le terrorisme. Il doit poursuivre dans cette action, bien entendu, et la France veillera dans ce processus indispensable au respect, cela va de soi, des Droits de l'Homme.

Un mot-clé pour l'ensemble : la démocratie

La mondialisation ne sera acceptée que si chacun y voit un avenir meilleur, plus riche, plus prometteur. J'ai donc voulu lancer des consultations larges pour expliquer aux différents partenaires nos efforts pour maîtriser et pour humaniser cette mondialisation, car chacun sait que, si elle est inéluctable, si elle est porteuse, par le développement qu'elle permet des échanges et du commerce, de richesses importantes, elle est également porteuse de risques dont nous voyons bien les effets dès aujourd'hui, de risques notamment de société mondiale à deux vitesses, ce qui serait évidemment tout à fait contraire à ce qui peut être par ailleurs notre ambition et notre volonté.

C'est dans cet esprit que j'ai pensé qu'il fallait que les pays du G8, qui représentent l'essentiel de la richesse mondiale, ne soient pas seulement enfermés dans leur propre réflexion mais qu'ils commencent à s'ouvrir sur celle des autres. Alors, cela va de soi pour la concertation avec la société civile mais cela va de soi aussi avec un certain nombre d'autres pays qui ont un peu l'impression d'être à l'écart, alors que leurs responsabilités ou leurs problèmes sont également très importants.

D'où l'idée d'inviter à Evian une douzaine de pays pour qu'ils puissent faire entendre, même brièvement, et c'est peut-être plus le principe que le fond qui est important, leur point de vue dans la gestion de la planète, dans la gestion du monde. Alors, il fallait faire des choix, naturellement. Nous les avons fait à partir de certains critères mais qui, au total, permettront de rassembler, entre les Huit et les Douze qui viendront, quelque chose qui est de l'ordre de 80 % de la richesse mondiale et de 80 % de la population. Ce n'est pas un critère, enfin c'est un pas fait dans une direction qui à mon avis s'impose si nous voulons petit à petit élaborer une démocratie planétaire. Car nous règlerons les problèmes de mondialisation de façon humaine si nous intégrons tout cela dans un système démocratique planétaire où le multilatéralisme soit reconnu et ses institutions peut-être modernisées mais en tous les cas confirmées et renforcées.

Voilà quelques réflexions que je voulais faire, en commençant, pour vous dire dans quel esprit nous préparons Evian et pourquoi nous attachons beaucoup de prix à cette concertation avec la société civile.


Source: Palais de l'Élysée

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